Alcool

J’ai eu une enfance particulière. Si particulière que j’aurais envie encore maintenant de la tuer. D’un coup de gomme ou de typex blanc l’effacer. La rendre vierge à nouveau. J’ai beau essayé d’oublier, de faire semblant, comme si de rien n’était, et de comprendre même, je n’y arrive pas, je suis fille d’alcoolique.

Pas un jour ne se passe sans qu’il y ait quelque chose qui me ramène à l’alcoolisme de mon père. C’est une liaison dangereuse parfois. Il m’arrive de flirter avec certaines limites. Cela peut être à l’occasion d’un mot prononcé, par exemple, ou d’une attitude. Ainsi une simple bouteille de vin rouge peut faire remonter à la surface une scène particulière de cette période et avoir un effet dévastateur.

Petite, j’ai vu les méfaits de l’alcool. Evidemment, bien à posteriori, j’ai mesuré les désastreuses conséquences qu’une consommation abusive d’alcool pouvait engendrer. J’ai subi ses absences, son irresponsabilité, sa maladie. Pour ne pas la croiser, il rentrait à la maison, ivre, une fois ma mère partie travailler, à cinq heures du matin. Il savait ce qu’il faisait ce bougre !

En toute honnêteté, ma mère ne pouvait pas compter sur lui, pour rien. Combien de fois est-ce ma sœur qui m’a préparé mon petit déjeuner avant de m’accompagner à l’école !!! Encore aujourd’hui, il m’est impossible de trouver un quelconque apaisement dans ce présent. C’est comme si le temps d’avant n’en finissait pas de s’étirer. Et si c’était cela mon histoire, être la fille d’un homme qui rejetait toutes les valeurs inculquées par notre société ?

 J’ai découvert un homme cynique, souffrant, mais lucide, peut-être plus proche de la vérité que nous autre. Tu es sans conteste un mauvais père, incompétent et absent. Et pourquoi devrais-je encore te protéger alors que tu nous fais tant souffrir ? On a du faire face à tes lacunes alors il serait enfin temps que tu apprennes à assumer. Nous oublier te rend-il si heureux ?

 Bien entendu tout cela remonte loin, mais c’est encore et toujours bien présent et jusqu’à la fin cela sera ainsi je crois. Et puis un jour, tu m’as dit que nous n’avions plus rien à nous dire, toi et moi, je ne le pense pas mais je respecte ton choix.

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isabelle franc rttr

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