L’Ehpad

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Il a bien fallu te revoir, après une période d’abstinence – ou tu avais totalement disparu de la circulation, je m’étais habitué à ton silence, ne plus reconnaître ta voix, même pas peur, ça ne me faisait plus grand chose, ne dit-on pas qu’il faut se faire une raison, – laquelle ? pas plus bouleversée que ça, et de fait, j’ai toujours détesté les obligations. Peu nombreux sont ceux qui comprennent. Tout est allé très vite après le coup de fil de l’Ehpad annonçant cette mort. Ça semblait ne pas être vraiment celle du père. C’est horrible comme endroit, pour finir ses jours, c’est un endroit ou ne vient que pour mourir.

Avant, quelques semaines, il y avait eu le retour, la réconciliation, comme si…

Le paternel qui dit toujours ce qu’il pense, sans tact, pas diplomate pour un sou, un coté bourru, je me disais qu’avec un peu de chance la rudesse serait partie mais non. Que t’avais-je demandé qui me valut cette remarque, cinglante comme une remise en place.

- et pourquoi toujours elle

- parce que j’ai confiance en elle

lui, regardant sa premiere fille, son aînée, comme s’il allait lui faire un clin d’œil, qui fixait le paternel allongé dans le lit, malade, pouvant à peine se lever,

- hein, on se comprend toi et moi

- oui

mais qu’est-ce ça veut dire, me refaire ça, à moi, trente après, dîtes moi que je rêve, c’est toujours la même chose, rien n’a changé dans ta cervelle, la petite fille que j’étais continue de te regarder, lui savait la réversibilité impossible, ma prise de conscience datait. Quant au repentir, point, il ne viendra pas. J’entends : c’est comme ça et pas autrement. Non, moi, je ne m’y ferai pas – jamais. Est-ce ainsi qu’un père aime sa fille, non, non, je ne crois pas, en tout cas, ce fut ta manière à toi.

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isabelle franc rttr

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